Malgré un large consensus sur les effets néfastes de l’utilisation intensive des pesticides, de nombreuses recherches sur les pratiques alternatives et trois plans nationaux institutionnels Écophyto successifs, la transition agroécologique peine à s’accélérer. Il est désormais clair qu’une réduction significative des pesticides ne peut être atteinte qu’à travers une transformation systémique des agro-socio-écosystèmes, en intégrant les spécificités de chaque territoire. De plus, cette transition entraînera une diversification des systèmes et des pratiques agricoles, rendant nécessaire une prise en compte de la pluralité des façons de faire qui émergeront.
OBJECTIFS
TERRAE Hotspot Imagine Agroécologie est un projet de recherche action transdisciplinaire qui vise à accompagner la transition agroécologique des territoires en créant des espaces d’échanges entre acteurs variés, dans une dynamique territoriale collaborative et multi-acteurs. Le projet repose sur plusieurs hypothèses :
Les représentations jouent un rôle central dans l’activation des transitions.
Il est pertinent de travailler collectivement sur des trajectoires de changement.
L’échelle territoriale est adaptée, en tant qu’échelle d’action et de dialogue collectif motivé par un attachement au territoire.
Pour encourager ces échanges, le projet s’appuie sur les ateliers participatifs, placés au cœur de la démarche. L’objectif principal est ainsi de développer une méthodologie innovante d’ateliers participatifs, pour stimuler des dynamiques collectives et promouvoir la transition agroécologique.
Conçus avec les acteurs du monde agricole et les collectivités territoriales, ces ateliers ont pour but de favoriser le dialogue entre acteurs, mais aussi l’apprentissage collectif. Nous explorerons diverses thématiques liées à l’agriculture, au vivant et à l’alimentation, et analyserons comment ces échanges peuvent provoquer des « déplacements d’imaginaire » - c’est-à-dire des évolutions des perceptions, des valeurs et des pratiques. L’objectif est de favoriser des ouvertures d’imaginaires, susceptibles de rendre possible l’émergence de trajectoires agroécologiques soutenables, désirables et collectivement construites.
Un enjeu central sera l’analyse des dynamiques à l’œuvre dans les ateliers. Il s’agira de saisir les effets sur les représentations, les savoirs voire les pratiques, selon les thèmes, les formats et les participants aux ateliers. Le projet portera une attention particulière aux mécanismes cognitifs qui facilitent ou freinent les transformations, en veillant à inclure des publics diversifiés, y compris ceux rarement présents dans ce type de démarche.
Au-delà des ateliers eux-mêmes, la production collective de livrables constituera un levier important pour prolonger les échanges. Les résultats seront intégrés dans une réflexion plus large, prospective et partenariale, avec les collectivités, afin de soutenir des scénarios territorialisés de transition agroécologique.
MÉTHODOLOGIE
Nous mobilisons une méthodologie participative visant à faire évoluer ces représentations, en nous appuyant sur des ateliers thématiques interactifs.
Le projet se déroule en trois temps :
Montage des ateliers, impliquant les acteurs du monde agricole et les collectivités territoriales afin de définir les thématiques et formats les plus pertinents, dans une dynamique de dialogue.
Déroulement des ateliers, favorisant la réflexion collective et le partage des représentations grâce à différents outils. Le défi sera d’assurer la participation du plus grand nombre et d’une diversité d’acteurs pour enrichir les échanges.
Inclusion des ateliers dans les stratégies des collectivités et de partage des productions issues des échanges, mobilisant en particulier les décideurs du monde agricole pour assurer une appropriation et une mise en action des ateliers.
Les ateliers participatifs : un levier pour relier représentations, réseaux et transition agroécologique
Les ateliers participatifs constituent un outil central du projet TERRAE Hotspot Imagine Agroécologie.
Il apparaît dans la littérature que ces dispositifs peuvent favoriser l’apprentissage collectif, la co-production de connaissances et l’émergence d’innovations sur des problématiques agricoles et territoriales ciblées (Ørngreen, 2017). Dans une perspective de recherche-action, ces ateliers peuvent permettre d’accéder à des dimensions sociales, territoriales et symboliques souvent inaccessibles par d'autres méthodes. En réunissant agriculteurs, chercheurs, conseillers et représentants des collectivités, ils facilitent la circulation des savoirs et la construction partagée de visions alternatives, en rupture avec les approches descendantes de l’innovation agricole (Jackson-Smith et al., 2021 ; Lacombe et al., 2018).
Ces démarches s’inscrivent dans une dynamique proche des approches dites ORB (Outreach and Relationship Building), qui misent sur la transformation des représentations et des comportements à travers le développement de relations de confiance entre les parties prenantes (Grili, 2019). Nous faisons le pari que ce type de méthode pourrait être particulièrement adapté aux enjeux complexes de la transition agroécologique - réduction des intrants, diversification des systèmes agricoles, renouvellement du lien au vivant, etc. La littérature montre en effet que ces dispositifs permettent de faire émerger des alternatives, en rendant visibles d’autres manières d’agir, de penser et d’habiter les territoires agricoles (Abric, 1994 ; Gosnell et al., 2019).
Un ancrage méthodologique dans des expériences précédentes
Le projet TERRAE Hotspot Imagine Agroécologie s’appuie sur des retours d’expérience d’ateliers réalisés récemment, notamment ceux du projet TRAVERSÉES (Robert et al., 2024). Trois ateliers multi-acteurs y ont été menés en mobilisant un modèle territorial dans lequel les trajectoires de pratiques simulées répondent à des leviers territoriaux multiples (Bourceret et al. 2024). Les participants ont notamment travaillé sur des trajectoires agricoles contrastées et des leviers territoriaux associés. Les résultats, combinés aux démarches déjà engagées par la Métropole de Rouen, vont nourrir la conception des ateliers dans TERRAE Hotspot Imagine Agroécologie.
Une attention portée à l’inclusion et à la diversité
Enfin, une attention particulière est portée à la diversité des publics mobilisés. L’enjeu est de créer des espaces de dialogue inclusifs élargis.
ÉTAPES CLÉS
Le projet TERRAE Hotspot Imagine Agroécologie a démarré en mars 2025, pour une durée de 4 ans, et se déploie en quatre grandes phases.
Étape 1
ANNÉE 1
Construction des ateliers avec les acteurs territoriaux, afin de définir des formats et des thématiques innovantes et adaptés à nos objectifs.
Étape 2
ANNÉES 2 ET 3
Animation des ateliers participatifs, et analyse de leurs dynamiques et de leurs effets.
Étape 3
ANNÉES 3 ET 4
Élaboration d’un livrable collectif issu des échanges, visant à prolonger la réflexion à l’échelle du territoire.
Étape 4
ANNÉE 4
Intégration des résultats dans les stratégies territoriales et mobilisation des décideurs pour favoriser l’appropriation et la mise en œuvre des pistes identifiées.
AVANCEMENT
Nous sommes actuellement engagés dans la première étape, centrée sur la co-construction des ateliers avec les acteurs agricoles et territoriaux, en veillant à leur ancrage local. Cette phase a pour objectif de dialoguer avec une diversité d’acteurs agricoles afin de mieux cerner les enjeux, les attentes et les thématiques prioritaires pour les ateliers. Plusieurs actions structurantes ont été lancées entre mars et juin 2025 :
21/03/2025
Organisation de la réunion de lancement à Rouen, rassemblant une diversité d’acteurs non académiques. Cette journée s’est déroulée en deux temps : une présentation du projet, suivie d’un atelier collaboratif autour des objectifs et formats des futurs ateliers participatifs.
03/2025 - 08/2025
Dans le cadre des stages de Margaux Ader (M2, sciences cognitives) et Marthe Boissier (M1, géographie), une série d’entretiens avec des agriculteurs a été menée. Ces entretiens visaient à identifier avec eux les territoires pertinents, les thématiques prioritaires et les partenaires à impliquer. Les enquêtes ont été conduites en binômes, croisant les approches de leurs disciplines respectives.
04/2025 - en cours
Démarrage de la thèse d’Elliot Meunier, intitulée « Liens au vivant et pratiques agroécologiques chez les agriculteurs : comprendre et agir ». Son travail débute par une revue de littérature sur les ateliers participatifs, qui nourrira la conception méthodologique des ateliers à venir, notamment ceux portant sur le rapport au vivant.
12 et 13/06/2025
Organisation de visites de terrain à Rouen, combinant un point d’étape avec les partenaires non académiques, la visite de plusieurs fermes et la rencontre d’associations pour élargir le réseau des partenaires, pour nourrir les réflexions et renforcer les liens avec le territoire.
Corinne ROBERT est directrice de recherche à l'INRAE et professeure attachée à l’École normale supérieure. Spécialiste des interactions entre dynamiques écologiques, territoires et sociétés, elle développe des approches interdisciplinaires à l’interface entre sciences de l’environnement et sciences sociales. Ses recherches portent sur la transition agroécologique des territoires en particulier. Porteuse du projet, elle en assure la conception scientifique, la coordination générale et la cohérence des travaux de recherche. Elle veille à l’articulation entre production de connaissances, partenariats territoriaux et valorisation des résultats, dans une perspective de recherche-action.
« Je suis très enthousiaste à l’idée de développer ce projet avec la Métropole Rouen Normandie, autour des démarches participatives en faveur de la transition agroécologique des territoires. La possibilité d’expérimenter différents formats d’ateliers avec une diversité d’acteurs me semble particulièrement stimulante, tant pour accompagner les dynamiques de transition que pour nourrir une démarche de recherche-action vivante et collective. » Corinne ROBERT
Porteur non académique
Mathias ADER est directeur de la transition environnementale à la Métropole Rouen Normandie. Il est en charge de la mise en œuvre des actions métropolitaines relatives à la préservation des milieux naturels et de la biodiversité, ainsi qu’à la transition des systèmes agricoles et alimentaires, notamment à travers le Projet Alimentaire Territorial (PAT). Co-porteur du projet, son implication dès la phase de montage a été déterminante pour intégrer les enjeux spécifiques du territoire et les priorités de la Métropole. Il veille à inscrire le projet dans une articulation étroite entre recherche académique et action publique, en apportant une expertise de terrain, une connaissance fine des dynamiques territoriales et une vision opérationnelle favorisant la durabilité et l’appropriation des résultats par les acteurs locaux.
Margaux ADER est ingénieure d’études à l’École normale supérieure. Formée en sciences cognitives, elle assure la conception et la mise en œuvre des dispositifs de concertation du projet, à travers l’organisation d’ateliers participatifs et la réalisation d’entretiens avec les acteurs agricoles et territoriaux.
Elliot MEUNIER est doctorant en psychologie environnementale. Il développe des travaux sur la connexion au vivant des agriculteurs et le lien avec les pratiques agroécologiques. Dans ce cadre il est encadré par Oscar NAVARRO (Université de Nîmes) et Corinne ROBERT (INRAE et ENS-PSL). Ses travaux sont également ancrés dans la recherche action par un travail sur des ateliers avec les acteurs agricoles de Normandie autour du lien au vivant dans le cadre du projet TERRAE Hotspot Imagine Agroécologie.
PARTENAIRES
Métropole Rouen Normandie
Agathe COLLEONY est chargée d’études à la Métropole Rouen Normandie. Elle apporte un appui à la mise en œuvre des politiques publiques métropolitaines en mobilisant des approches issues des sciences comportementales. Formée aux sciences de la conservation, elle travaille notamment sur les enjeux de biodiversité et sur les relations entre les humains et la nature à l’échelle territoriale, afin d’éclairer et de renforcer l’action publique locale.
Dans le cadre de ce projet de recherche, elle contribue plus spécifiquement aux dimensions participatives, en accompagnant la mobilisation des acteurs du territoire et des citoyens. Son rôle vise à favoriser la co-construction des actions de recherche et à renforcer les liens entre connaissances scientifiques, pratiques de terrain et politiques territoriales.
Fabrice BOISSIER est directeur général adjoint à la Métropole Rouen Normandie, en charge notamment de l’urbanisme, de l’habitat et du pilotage de la transition écologique. Il a participé à l’initialisation du projet, contribuant à sa structuration et à la définition de ses orientations stratégiques. Membre du comité de suivi, il accompagne le projet tout au long de son déroulement, en apportant un appui stratégique et un regard transversal. Son implication contribue à renforcer la cohérence du projet et son inscription dans les priorités territoriales et les politiques publiques métropolitaines.
UniLaSalle
Karine LAVAL est directrice de la recherche, du développement et de l’innovation à UniLaSalle. Elle contribue à ce projet par son engagement en faveur d’une recherche construite en collaboration étroite avec les acteurs des territoires et par son expérience dans le développement de partenariats entre institutions académiques et monde agricole.
Syndicat des Bassins Versants Cailly-Aubette-Robec
Pierre-Henri CLERGEOT est chargé de mission pour la protection des aires d’alimentation de captage, au Syndicat des Bassins Versants Cailly-Aubette-Robec. Il apporte une expertise essentielle sur les enjeux de gestion de l’eau et leurs liens avec les pratiques agricoles à l’échelle territoriale.
Chambres d'agriculture de Normandie
Charlotte JOULIA est conseillère cultures à la Chambre d’agriculture de Seine-Maritime. Cette collaboration permet un lien direct avec les agriculteurs seinomarins et une prise en compte fine des enjeux spécifiques au territoire.
Le comité de suivi est composé de cinq membres, en complément des porteurs du projet et de l’ingénieure du projet. Il constitue un espace d’échanges et de réflexion permettant d’assurer le suivi du projet et, le cas échéant, d’en adapter les orientations. Le comité se réunit deux fois par an et rassemble des acteurs variés et complémentaires, engagés dans la réflexion autour des enjeux du projet, tels que des représentants de syndicats de bassin versant, de la chambre d’agriculture, de la Métropole Rouen Normandie et de l’école UniLaSalle.
Le Master Science de la durabilité, lancé en 2024 au sein de l’Université PSL, est une formation transdisciplinaire dédiée à l’accompagnement des transformations socio-écologiques. Il met l’accent sur une recherche construite en lien étroit avec l’action et avec des acteurs non académiques. Les étudiants du Master contribuent chaque année à des projets de groupe transdisciplinaires, les projets TRANSFORM. Un des projets est lié au Hotspot Imagine Agroécologie. Cette année les étudiants se sont intéressés dans ce cadre à la représentation des pesticides chez différents acteurs du monde agricole de Normandie.